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Le gemmage du pin maritime

On rencontre dans les arbres diverses substances qui ne sont pas utilisées pour leur alimentation et qui ne sont pas des réserves.

Ce sont des sécrétions (indépendantes de la sève) élaborées par des cellules spéciales spécifiques dans le bois de l'arbre. La résine, sécrétion de l'aubier, dans tous les «conifères», est une substance visqueuse et un combustible produit par des arbres résineux tels les sapins, épicéas et pins, dont en particulier le pin maritime. (Pinus Pinaster). Elle est aussi une oxydation d'hydrocarbures, en forte proportion de carbone et d'hydrogène et peu d'oxygène.
Cette résine est aussi appelée la GEMME et l'opération qui consistait à extraire cette substance s'appelle le GEMMAGE. L'ouvrier spécialisé qui procédait à l'extraction et la cueillette s'appelle indifféremment, un GEMMEUR ou un RESINIER.Depuis l'antiquité, et jusqu'au XVIIIème siècle la principale ressource du pin maritime n'était pas le bois lui-même, mais ses sous produits : la résine et le goudron. Il faut arriver à la construction de routes agricoles et du chemin de fer dans les Landes (Sous Napoléon III), pour valoriser le bois proprement dit.
Au début de notre siècle, quelque 20 000 gemmeurs à temps partiel ou complet récoltaient la résine sur l'ensemble du massif. La production en constante régression depuis est passée de:
178 000 000 litres en 1920  à      
                0 litre en 1993.
Pourquoi une telle chute ?
  1. En partie due aux grands incendies des années 1937 à 1949 (400 000 hectares dont
    140 000 en 1949, 86  pompiers périrent) Mais surtout à des causes multiples, parfois simultanées à savoir : travail pénible et solitaire, rémunération insuffisante, incertitude pour l'avenir,
  2. importation à coût très inférieur de pays producteurs à main d'oeuvre bon marché, tels que le Portugal,  l'Espagne, la Grèce et surtout la Chine.
Nous parlerons donc ci-après d'un passé récent, mais révolu. Par simplification nous nous exprimerons au temps présent.

Actuellement nous « importons » 60 millions de litres de résine. L'essence de térébenthine encore très utilisée est de nos jours de plus en plus remplacée par le white-spirit, solvant minéral.Les utilisations contemporaines:
  1. L'essence de térébenthine (20%), liquide volatil rentre dans la confection de nombreux produits solvants, d'entretien (cirages, cires et encaustiques), peintures, vernis, produits de synthèse ( parfums, désinfectants, désodorisants. Celluloïd, films, produits pour laboratoires pharmaceutiques, textiles...)
  2. La colophane et brais (70%), partie solide, plus ou moins brune est utilisée dans les peintures, vernis, savons, colles, graisses industrielles, des encres, linoléums, isolants électriques, pneumatiques synthétiques, émulsions routières, adhésifs...
Comment se pratique le GEMMAGE. système «HUGUES» (Autour des années 1950 - 1960)
Un gemmeur, selon qu'il travaille à temps partiel ou complet, peut se v 12.04.2011 grave; résiner dans une saison. Celle-ci commence en Février par la « préparation » du lot de pins à gemmer.
Les pins à gemmer sont préalablement désignés par le propriétaire à l'aide de marques sur l'écorce qui indiquent au gemmeur s'il doit disposer d'une, ou plusieurs cares sur chaque arbre.
Préparation des pins à gemmerChaque pin à résiner est préparé ainsi: A l'aide d'une hache, ou d'un racloir spécial appelé «barrasquit d'espourga», on enlève la partie rugueuse de l'écorce au pied de l'arbre. Cet écorçage se fait environ sur 20-25 cm. de large et 80 cm. de hauteur. On «pare», on « prépare» le pin. Au pied de l'arbre est posé le pot à résine en terre cuite appelé «cutyot » (ou «cuthiot» ou cuttot). Au dessus de celui-ci est enfoncé un «crampon» en zinc qui a pour but de conduire la résine de la future care dans le pot.

La hache (ou le barrasquit) est utilisée pour les deux premières années de préparation (jusqu'à 1,50 m environ). Pour les 3° et 4° années, l'écorçage se fait avec un barrasquit à long manche. Le pot en terre cuite, le «cutyot» est généralisé en 1860. C'est un grand progrès dans la récolte de la gemme, qui jusque-là se faisait au sol, dans un creux le «crot», blotti au pied de l'arbre. Ce pot tenu entre le crampon et une pointe est monté pendant 4 ans le long de la care. Sa contenance est de 0,5 litre.
«Piquage» du pin.A partir de la mi-mars, en se servant d'une hachette spéciale «le hapchot», légèrement courbée et très tranchante, le résinier pratique sur l'emplacement préparé et au dessus du crampon, une entaille horizontale, très peu profonde, mesurant environ 3 cm de haut et 9 cm de large. Cette entaille, appelée «care», doit pénétrer jusqu'à l'aubier. Sa profondeur ne doit pas dépasser 1 cm. Le but de cette entaille est de couper les canaux résinifères, situés dans l'aubier, afin de faire écouler la résine vers le pot .Cette opération est 1< «piquage». De mars à octobre, cette entaille sera rafraîchie et montée par 36 «piques successives » (environ), qui mèneront cette première care à 55 - 60 cm de hauteur en fin de campagne. La même care sera poursuivie généralement pendant 4 années de piquage et atteindra en fin de cycle quelque 3 mètres de haut. Chaque année, le crampon et le pot tenu par une pointe en dessous, seront remontés le long du tronc
Les «copeaux», résineux enlevés à chaque «pique» s'appellent les «gemmelles» ou «galips» selon les régions. (C'était d'extraordinaires allume-feu.)

«Récolte de la résine»

La résine s'écoulant lentement de la care descend dans le pot où elle s'accumule. 11 est donc nécessaire lorsque le pot est plein de ramasser la gemme. Cette opération appelée «amasse» a lieu toutes les 5 - 6 semaines en moyenne. L'amasse se fait en famille. Les pots, un par un sont vidés, l'aide d'une curette appelée «patinette» ou «curette» dans des sortes de paniers en bois dit «couartes» contenant 17 litres. Un modèle plus petit (13/14 litres est réservé plutôt au: femmes).

Amélioration de la méthode.

Dès 1947, un nouveau procédé de «piquage» venu d'Amérique est introduit dans les Landes. II s'agit du gemmage dit «à l'activé ou gommage activé»
Avec cette méthode, la care est ouverte en enlevant l'écorce jusqu'au bois mais sans entamer ce dernier. Ce procédé est généralisé vers 1960. Le nouvel outil utilisé, appelé «rainette», combine sur un même manche, la hachette tranchante et une poire pulvérisateur d’acide. Lorsque la pique est faite, le résinier pulvérise de l'acide sulfurique dilué, sur elle.
Avec cette méthode, les piques sont moins nombreuses et d'une exécution plus aisée. En outre, le rendement en gemme est plus élevé et les billes de pied sont moins dévalorisées que dans le gemmage classique par la cicatrisation des vieilles cares.
Malgré cette amélioration certaine, et d'autres facilitant la tâche du résinier, ce métier ne s'exerce plus pour des raisons économiques et humaines indiquées plus haut.
De ce passé récent, reste la mémoire des gemmeurs et des forestiers, la nostalgie de cette vie de liberté et d'espace, d'air pur et de chants d'oiseaux.

Démonstration de Gemmage 2 x par mois en été les dates se trouvent dans le programme des festivités juillet et août
Extrait du livre: "Le Gemmage du pin maritime dans les Landes" de Claude TAILLENTOU Ingénieur des Travaux des Eaux et Forêts retraité.

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